Historia
y Arqueologia Marítima
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LA PATRIMOINE CULTUREL ET INDUSTRIEL DU BAS-URUGUAY
IV. Histoire de la navigation et patrimoine portuaire
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Enfin, un troisième type de patrimoine fluvial doit être pris en compte de manière prioritaire, celui des infrastructures et équipements portuaires (quais, embarcadères, môles, jetées, grues, douanes, entrepôts, etc.), qui sont associés aux villes riveraines mais aussi aux saladeros, aux fours à chaux et aux estancias, et à la navigation maritime - jusqu’à Paysandú[i] ou Concepción del Uruguay (jusqu'à 6 m de tirant d'eau) pour les navires d’Ultramar - et/ou fluviale (figure 6) jusqu’à Concordia - Salto. Cette dernière reflète une longue histoire commune aux deux rives, qui s’étend de la période où les indiens Guaranis occupaient les berges et les îles[ii] du fleuve jusqu’à la période des vapeurs de la Carrera (Durant, 1997) qui unirent Buenos Aires à Concordia / Salto et apportèrent au Bas-Uruguay un mouvement exceptionnel de marchandises et de voyageurs[iii]. De costa a costa, la navigation fluviale peut devenir un facteur culturel et économique d’intégration régionale entre les deux pays. Une intégration qui était plus forte dans le passé. En 1910, quatre vapeurs[iv] de passagers remontaient chaque semaine le fleuve jusqu’à Concordia - Salto en faisant escale dans tous les ports situés sur ses rives, qu’ils soient argentins ou uruguayens[v]. Les périodes de dictatures militaires (Argentine : 1976-1983 ; Uruguay : 1973-1985) ont certainement contribué à accentuer la coupure socio-économique entre les deux rives. Exemples de patrimoine portuaire et flottant. Horaires et tarifs de la Linea del Uruguay (c. 1910) Le tableau III résume les principales phases, de 1858 à 1919, de l'histoire de la navigation du Bas-Uruguay. Deux personnages en ont été les acteurs principaux : Saturnino Rives et Nicolás Mihanovich. À Salto furent construits par les ingénieurs anglais Henry Hardy, surnommé El Surubí, et Thomas Elsee, appelé El Dorado, les chantiers navals[vi] (Fernández Moyano, Rodríguez Fernández, 2002) de l’entreprise de navigation Mensajerías Fluviales a Vapor (1879-1887).
4, vapeur General Artigas Construit à Midleborough par R. Dixon and Co, le brigantin de trois mâts María Madre fut immobilisé durant 30 ans (1902-1943) au droit de Paysandú à cause d’un procès entre le capitaine D. Pedro Palestrino et l’entreprise F. Langemann and Co. Réparé (18 juillet 1942 - 21 mars 1943) aux chantiers navals Neptunia à Paysandú, puis rebaptisé Clara Y., il fit naufrage lors d’une tempête survenue le 31 juin 1954 au large des côtes du Rio Grande do Sur (Brésil). Depuis 1989, la figure de proue, une maquette et différents objets du navire retracent cette histoire dans le musée historique municipal (Paysandú). 10, intérieur du Museo Histórico del Río Uruguay (2003), situé au premier étage de l'ancien Resguardo du port de Salto Les anciens hôtels où logeaient les voyageurs sont aussi à mettre en valeur du fait de leur étroite relation avec l’histoire de la navigation (ex. Hostal del Río à Concordia, Hotel del Vapor à Paysandú ; hôtels de Paris et de France à Concepción del Uruguay). Il en est de même pour les casas de comercio où se faisaient les négoces portuaires, dont l’inventaire n’est pas encore effectué. 9, ancien hangar et grue à vapeur près du "Puerto Nuevo" (1910) de Concepción del Uruguay ; 8, Muelle grande du saladero de Guaviyú Du fait de leur rôle éminent dans l’histoire fluviale, leur nombre et leur qualité architecturale, il apparaît nécessaire de mettre en œuvre une politique de restauration et de réutilisation des quais en pierre, des môles, particulièrement ceux construits en bois (souvent avec celui très dur du quebracho), et des cales à des fins culturelles et touristiques.
6, jetée en bois du frigorifique Anglo (Fray Bentos)
7, embarcadère métallique du saladero et frigorifique de Casa Blanca, au sud de Paysandú Ces éléments patrimoniaux, qui sont, comme on l’a indiqué plus haut, directement liés au fleuve, sont nombreux[vii] ; ils ne sont pas seulement destinés aux ports, mais aussi aux estancias, fours à chaux et saladeros. Des premières expériences de remise en valeur sont en cours à Paysandú dans le cadre de la célébration du trentième anniversaire du pont international General José Gervasio de Artigas (1975). 2, port de Salto ; 3, douane portuaire de Paysandú vers 1900 Un exemple intéressant de mise en valeur d’un quai désaffecté est celui du réaménagement du quai de Gualeguaychú (Argentine). Une grue a été mise en valeur et les hangars ont été reconvertis à d’autres usages, l’un d’eux en 2000 en Río-Vida auto-galpón, projet éducatif de la municipalité en matière de sensibilisation à l’environnement. 11, quai, grue et hangars (galpones) du port de Gualeguaychú après leur restauration à des fins culturelles et touristiques. Tableau III. Principales compagnies de navigation (1858-1917)
Tableau IV. Quelques ports du Bas-Uruguay : chronologie et valeurs patrimoniales
Non encore pris suffisamment en compte, le patrimoine flottant est pourtant d’une grande richesse (Sidders, 1982). Il comporte des barques traditionnelles, comme les lanchones où l’on effectuait le transbordement (traspaso) des marchandises depuis une charrette amenée dans l’eau, les bateaux de pêche, les petits vapeurs de type galpón faisant la traversée du fleuve, comme entre Concordia et Salto, ou assurant le transbordement[xii] des passagers, les bateaux chargeurs de bétail, les remorqueurs, les dragues, les navires plus importants, voiliers et vapeurs, dont certains de La Carrera. Ainsi, le Pingo, l’un des bateaux à vapeur de Saturnino Ribes, a été mis à sec sur le terrain du Club de Pescadores de Concordia (Argentine). Il ne faut pas oublier les épaves d’embarcations qui existent au fond du lit mineur actuel ou dans les anciens chenaux de navigation. Ainsi, dix-huit d’entre elles ont été répertoriées à Salto ; d’autres, en différents points du lit mineur, comme deux bateaux de l’époque d’Artigas près du dangereux Paso Hervidero. Les instructions nautiques (Anonyme, 1910 ; Dirección General de Navegación e Hidrográfica, 1954) en signalent quelques-unes datant des XIXe et XXe siècles, à proximité de Boca Chica (goélette - pailebote - coulée à pic à la suite d’une collision avec un vapeur), de Punta Caballos (le Dos Hermanos et la goélette César Villegas), de l’ancien saladero de Rivero, ou au sud de l’Arroyo de Urquiza, à 100 m de la rive droite, etc. Des bouées vertes signalent leur présence (ex. le Republicano, le Don Francisco, le torpilleur Bouchard, le 18 de Julio). Enfin, une prospection géoarchéologique du fleuve permettrait sans doute de découvrir l’une des nombreuses embarcations monoxyles[xiii] utilisées jusqu’au XIXe siècle par les populations indiennes.
1, douane portuaire de Salto (1864) Quelques initiatives ont été prises pour mettre en valeur le patrimoine de manière binationale, en particulier celle du Corredor turístico del río Uruguay, mais elles concernent surtout le patrimoine naturel (ex. Plan de Protección Ambiental del Río Uruguay (2002) élaboré par la Comisión Administradora del Río Uruguay (CARU)[xiv]. Peu d’entre elles sont encore vraiment passées au stade opérationnel ; c’est ainsi le cas du projet du BID - Banco Interamericano de Desarrollo - de renforcement, dans le cadre de la CODEFRO - Cooperación de Fronteras Argentina Uruguay -, des échanges culturels. Les réalisations, peu nombreuses, sont le produit d’initiatives privées bénéficiant de l’appui des municipalités (Argentine) ou des départements (Uruguay) - ex. Musées de los Inmigrantes (San José) et Histórico del Río Uruguay (Salto), ce dernier initialement prévu à San Javier, - ou seulement publiques - ex. Museo de la Revolución Industrial (Fray Bentos), inauguré en 2004 et récompensé en 2005 par le premier prix à l’Actividad Museística del Uruguay, dans la catégorie Gestión Integral. L’amphithéâtre du Río Uruguay à Paysandú (capacité : 22 000 places) ou celui de Fray Bentos (capacité : 4 000 places, 1943) ont pour scène le fleuve et contribuent à tisser des liens entre les habitants et le Río Uruguay. L’idée de réaliser une route touristique des saladeros et des frigorifiques du Bas-Uruguay (Circuito binacional de las vacas gordas) s’impose de plus en plus. Il conviendrait de développer un tourisme fluvial permettant de recréer une navigation de cabotage sur le Bas-Uruguay, avec des croisières culturelles, et de proposer des promenades plus courtes avec des bateaux promenade, comme, autrefois, sur le Río Negro. La fréquentation touristique de plus en plus forte des centres thermaux (termas de Concordia - Vertientes de la Concordia -, Salto - Arapey, Daymán -, Paysandú - Almirón, Guaviyú -, Colón, Gualeguaychú, etc. ; Ministerio de Turismo / Ancap, 2001)[xv] et des plages de sable peut constituer un excellent vecteur de développement d’un tourisme patrimonial, pour une région située à égale distance (rayon d’environ 300 km) de deux capitales à forte population, Buenos Aires (12 millions d’habitants) et Montevideo (1,4 million d'habitants). Cependant, c’est la prise de conscience sans cesse plus forte des habitants[xvi] des deux costas de posséder un patrimoine et un fleuve communs qui devrait être le véritable ciment de l’intégration transfrontalière (Ménanteau, à paraître) et permettre un développement durable fondé sur le tourisme culturel.
5, déchargement d'un lanchón à Fray Bentos Ph. L. Ménanteau (1 : 17-04-2003 ; 6 : 04-2003 ; 7, 04-2004 ; 9 et 11, 24-04-2003 ; 10, 04-2004), archives du Museo Histórico del Río Uruguay (2 et 4), Enfoque, Juan Stevenson à Paysandú (5). [i] Les vapeurs de la Carrera y restent mouillés lors de étiages du fleuve, car ils ne peuvent alors franchir les seuils (pasos) plus en amont. [ii] Certaines d'entre elles, proches de la confluence avec le Río Paraná, ont été fréquentées par les pirates, appelés "matreros". [iii] Exemple du trafic en 1891 des ports uruguayens. Salto : 1 626 navires jaugeant 403 992 t ; Paysandú : 2 867 navires jaugeant 740 503 t ; Fray Bentos : 4 047 navires jaugeant 808 682 t ; Mercedes : 1 545 navires jaugeant 577 599 t ; Nueva Palmira : 1985 navires jaugeant 688 084 t. En 1891, pour Gualeguaychú (alors 3e port de l'Argentine) : 520 000 t (Reclus, 1894, p. 563-565). [iv] En 1851, l’Uruguay fut le premier vapeur à naviguer sur le fleuve. [v] Exemple de Lineas del Uruguay en 1906 : les vapeurs Londres, Paris, Triton et Helios, assurant trois fois par semaine (aller : dimanche, mardi et jeudi ; retour : dimanche, mercredi et vendredi), la ligne Montevideo-Buenos Aires jusqu’à Concordia-Salto faisaient escale dans tous les ports du Bas-Uruguay, Nueva Palmira, Fray Bentos, Concepción del Uruguay, Paysandú, Colón, Concordia et Salto, mais aussi, ceux de Saladero Colón, Guaviyú, Nueva Escocia, Yeruá. Pour accéder aux ports de Soriano et Mercedes, sur le Río Negro, il y avait transbordement sur le vapeur Yaguarón, à l’embouchure du Yaguary, il en était de même pour se rendre à Gualeguaychú, avec transbordement sur le vapeur Pingo. [vi] La fonderie et les ateliers de construction des chantiers navals ont subi un incendie en décembre 1885. [vii] Il convient de prendre en compte ceux des petits ports utilisés pour le commerce du charbon de bois, du sable et des graviers, de la chaux, etc. Leurs emplacements sont figurés sur les cartes hydrographiques du fleuve (Servicio de Hidrografía Naval, 1979 ; CARU, 1983). Citons ceux de Puerto Aldao, Puerto Landa, Puerto Unzué, Campichuelo, Sumaca, Arenal Grande, Socas, La Calera, Silva, Bacigalupo, la Estancia Yuqueri, … [viii] M. Cabal cède ses navires pour transporter des troupes au général José de Urquiza. La Villa de Salto est détruite. [ix] Noms des navires de la compagnie : Apolo, Bonpland, Ceres, Cometa, Concordia, Cosmos, Chaná, Dayman, Iris, Júpiter, Lucero, Mercurio, Meteoro, Olimpo, Onix, Pingo, Río de la Plata, Saturno, Silex, Villa de Salto, Yerba. [x] Anneau de Saturne couleur pourpre sur fond blanc, avec les initiales M.F.P. et la devise Res Non Verba. [xi] Lettre M en blanc sur fond rouge. [xii] Ex. Entre Concordia et Salto, les vapeurs-transbordeurs de passagers Surubí, Corrientes. [xiii] Relación del viaje realizado de Buenos Aires a las Misiones Orientales. Padre Cayetano Cattáneo, 1729 (Martínez Montero, 1955, p. 441-456) : “ Las Balsas son unas embarcaciones consistentes en dos canoas (…) excavados en un tronco de árbol, las cuales se unen como las puertas, colocando en el medio, sobre su piso de cañas, una casita o cabaña, hecha de esteras, cubierta con paja o cuero (…). Quince eran las balsa que nos esperaban con veinte y más indios por cada una (…)”. [xiv] Avec les Gobiernos municipales argentins et les Intendencias departamentales uruguayennes. [xv] Voir Montaño, 1998. Les eaux thermales sont extraites à des profondeurs pouvant parfois dépasser 1 000 m. Leurs températures augmentent avec la profondeur - environ 3° par 100 m (ex. Arapey : 44°, Daymán : 42°). [xvi] Il convient de signaler l’existence de la Red Patrimonio Paysandú, créée en 2002 par Rubens Stagno, qui compte 325 membres en 2005. Courriel : redpay@adinet.com.uy
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